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Mettre la campagne en ville

R E C O N Q U E R I R L A V I L L E P A R L A N A T U R E

Une étude de ANTOINE GARCIA-DIAZ ARCHITECTE URBANISTE

FEVRIER 2008

CLERMONT-FERRAND, UNE VILLE A L’ECART DES GRANDES LIGNES DE FORCE DE DEVELOPPEMENT

Vingt et unième ville de France avec 140.000 habitants, dix neuvième aire urbaine avec 350.000 habitants, Clermont-Ferrand est encore à une échelle modeste par rapport aux grands pôles de développement français et européens. Distante de 150 km de Lyon, ville importante la plus proche, de 400 km de Paris et de 350 km de la façade méditerranéenne, elle reste, malgré la mise en service de l’autoroute reliant Paris à la Méditerranée par le Massif Central, dans une position géographique peu avantageuse par rapport aux grands axes de développement : couloir rhodanien, façade atlantique et région parisienne. Le rayonnement de son aéroport, relié quotidiennement à treize villes françaises et quatre villes européennes, semble plus lié aux politiques tarifaires de certaines compagnies aériennes qu’à un trafi c réel généré par le dynamisme local. Le tissu économique local semble nettement marqué par Michelin, leader mondial du pneumatique, même si d’autres groupes industriels sont présents comme les Eaux de Volvic (entreprise dépendante du lieu d’exploitation), Limagrain (agroalimentaire), et MSD Chibret (industrie pharmaceutique). L’industrie du caoutchouc pèse d’un poids considérable à la fois dans l’économie locale (plus de la moitié des effectifs industriels, hors secteur de la construction) et dans la gestion de l’agglomération. UN TERRITOIRE COMMUNAL FORTEMENT URBANISE, SANS RESERVE D’ESPACE POUR SON EXTENSION URBAINE Limitée à l’ouest par la ville de Chamalières, au nord par des espaces naturels et le relief, au sud par les villes de Beaumont et Aubière, Clermont-Ferrand s’est étendue vers l’est où l’autoroute A71, les grandes zones d’activités et l’aéroport occupent une très large partie de l’espace communal. La commune risque d’être confrontée à très court terme, si elle ne l’est déjà, à un plusieurs problèmes  :
- celui de l’évasion d’une partie importante de sa population et en particulier des couches sociales aisées ne trouvant pas dans le territoire communal des logements adaptés à la demande, dans un cadre urbain de qualité,
- un affaiblissement de son centre urbain,
- un vieillissement de la population et une évolution démographique négative avec une population captive.

UN CADRE BATI HETEROGENE, DE QUALITE MOYENNE

En dehors du centre historique, et à quelques exceptions près, l’impression générale qui se dégage du tissu urbain communal c’est une grande hétérogénéité, une architecture de qualité moyenne voire médiocre. L’existence de vastes espaces industriels contribuent à cette impression négative. Les extensions successives de la ville ne semblent pas avoir obéi ni à des critères d’ordonnancement et d’organisation de l’espace, ni à des prescriptions d’architecture. Aucun effort n’a été effectué sur la couleur. Les bâtiments protégés au titre de l’article L123.1.7 du Code de l’urbanisme sont présents essentiellement autour de l’hypercentre, le long du cours Sablon, de l’avenue Albert et Elisabeth, et à l’ouest de la place de Jaude. Le Plan Local d’Urbanisme ne semble pas avoir délimité de plan de sauvegarde et de mise en valeur du centre-ville. Seules sont prescrites des mesures concernant l’implantation du bâti à l’alignement et les hauteurs des bâtiments à proximité du patrimoine bâti remarquable inventorié. Les grands ensembles qualifi és de « muraille de Chine » constituent un exemple signifi catif des erreurs d’urbanisme et d’architecture réalisées sur la commune. UN MANQUE FLAGRANT DE LISIBILITE DE LA VILLE Quelque soit la direction d’arrivée dans la ville, aucune hiérarchisation des voies, aucun traitement spécifi que ne permet de marquer le « seuil ». L’hétérogénéité des aménagements des espaces publics, des mobiliers, des éclairages et des plantations brouille la « lecture » de la ville. Aucun « marquage » des sites singuliers ne permet de les mettre en valeur.

L’espace public accompagnant le tramway constitue une bonne illustration. Certes, la réalisation d’un tramway sur pneus ne permet pas, comme dans beaucoup de villes utilisant un TCSP sur rails, de végétaliser d’importants linéaires de plateforme. Il n’en demeure pas moins que les espaces urbains aménagés à l’occasion de la mise en place de la ligne manquent particulièrement de qualité paysagère. Le même constat peut être fait sur le mobilier urbain, très hétérogène, sur la signalétique et la mise en lumière de la ville.

DES ESPACES PUBLICS SOUVENT TROP MINERALISES ET SEGMENTES – ABSENCE EVIDENTE DE VEGETALISATION

Si quelques grands axes de circulation sont plantés (bd Lafayette, rue A. France, bd Pasteur, F. Mitterand, cours Sablon, voie de ceinture sud du centre, etc…) ainsi que quelques squares, l’impression générale que dégage l’espace public de Clermont-Ferrand est celle d’une trop grande minéralisation, d’une segmentation souvent inutile nuisant à la qualité urbaine. L’image de Clermont-Ferrand peut et doit être changée. Des solutions existent qui s’inscrivent pour certaines dans la durée, pour d’autres à court terme. Les objectifs majeurs visent à :
- améliorer la qualité du cadre de vie
- donner une image de Clermont-Ferrand en cohérence avec la richesse de son environnement
- construire une ville moderne, en harmonie avec son temps LES GRANDES ORIENTATIONS PROPOSEES • Réorienter le projet urbain pour favoriser :
- Une plus grande mixité urbaine en permettant l’émergence de programmes immobiliers de grande qualité. Il s’agit de « construire la ville sur la ville » au travers d’une série d’opérations d’aménagement et de construction de haut niveau, bénéfi ciant d’une grande qualité architecturale et urbanistique.
- L’implantation des grands équipements publics communaux ou de niveau communautaire doit être pensée avec un objectif prioritaire : le renforcement de la centralité urbaine de Clermont-Ferrand. A ce titre, un recensement et une analyse critique des opérations programmées sont à envisager afi n de réorienter la politique urbaine.
- La prise en compte de la qualité urbaine dans les documents d’urbanisme en terme : • de protection des bâtiments remarquables (mise en place du ZPPAUP – élaboration d’un règlement spécifi que, …). • de la qualité architecturale et paysagère. Recensement des ensembles urbains homogènes et élaboration de prescriptions détaillées spécifi ques en matière de hauteurs, volumétries, façades, espaces communs, couleurs, … • de développement durable – politique des déplacements et en particulier des déplacements doux – traitement des eaux de ruissellement – économies d’énergie. • Mener une politique de requalifi cation des espaces publics et d’aménagement des entrées de ville Cette politique pourrait s’appuyer sur l’élaboration d’une charte d’aménagement des espaces publics à l’exemple de certaines villes françaises ou étrangères. Cette charte aurait pour principaux objectifs :
- D’assurer la cohérence de l’ensemble des éléments composant l’espace public : hiérarchisation et profi ls des voies et des trottoirs – principes d’aménagements et revêtements de sol. Prise en compte des PMR – Mobilier urbain – Eclairage public et scénographie lumière – Plantations – etc…
- Fournir un document de référence pour tous les services ou concessionnaires intervenant sur l’espace public.
- Donner une image plus moderne à l’espace urbain, une meilleure lisibilité et une plus grande durabilité.
- Réaliser des économies d’échelle au titre de la maintenance et de l’entretien.

• Proposer des interventions sur une série d’espaces majeurs et en particulier :
- Créer une opération d’aménagement de grande envergure sur le secteur de la gare, permettant de faire naître un nouveau quartier, moderne, articulé autour d’un véritable pôle d’échanges tous modes : train – cars et bus mais également le tramway. Il est paradoxal que la première ligne du tramway de l’agglomération ne desserve pas la gare. Ce quartier doit accueillir des activités tertiaires mais également des logements de haut niveau.
- Traiter les entrées de ville de l’est de l’agglomération à partir des échangeurs des autoroutes A71 et 711 : boulevards R. Schuman - G. Flaubert – Lafayette – Avenues de la Margueride, de l’Agriculture, Rue A. France. L’entrée nord (av. F. Forest – bd E. Quinet) et la liaison vers l’aéroport doivent être intégrées dans cette requalifi cation générale des entrées de ville.
- Défi nir un programme prioritaire d’embellissement de la ville Ce programme doit permettre une transformation rapide de l’image de Clermont-Ferrand. Il doit porter sur les lieux emblématiques de la cité et comporter des mesures spectaculaires : fl eurissement des principales artères avec des systèmes éprouvés, aménagements de places et placettes en privilégiant l’espace voué aux piétons.
- Restructurer la « muraille de Chine » Cette opération risque d’être délicate car elle impose des déplacements de locataires, des démolitions de bâtiments et leur reconstruction. Changer l’image de cette cité paraît envisageable. Elle demandera du temps, des moyens fi nanciers importants et une volonté politique forte. Les quelques exemples déclinés ci-après ont pour objectif de montrer qu’avec des méthodes et des techniques relativement simples et éprouvées, la qualité d’usage des espaces urbains peut être nettement améliorée et l’embellissement d’une ville peut être obtenue de manière rapide et peu coûteuse.

Les parcs

Les parcs de stationnement sont trop souvent conçus de manière uniforme et minéralisée. Leur aménagement ne tient pas compte du mode et des fréquences d’utilisation. Or, dans le cas du parking aérien de la place Gambetta, l’espace n’est pas utilisé de manière uniforme. Certaines parties proches de l’avenue Marx Dormoy sont nettement plus sollicitées que celles donnant sur l’avenue de la Libération. Adapter le revêtement de sol pour chaque type de fréquentation permet à la fois de :
- diminuer l’impact visuel des grandes étendues de revêtements imperméables (enrobés, bétons, …).
- diversifi er les trames régulières et monotones du parc de stationnement.
- améliorer la qualité paysagère. La végétalisation de certaines surfaces apparaît comme une solution pertinente à ce type d’aménagement. Le principe d’aménagement et de réhabilitation du parc de stationnement de la place Gambetta obéit par ailleurs à une démarche de qualité environnementale. Il permet de reconquérir les surfaces imperméables par un couvert végétal tout en maintenant sa fonction originelle de stationnement.

PLACE DELILLE

Elément fort et sculptural, la fontaine centrale n’est pas prise en compte dans le dessin actuel de la place. L’aménagement proposé consiste à faire de la fontaine l’élément majeur de mise en scène. Sa mise en valeur est accompagnée d’une structure en forme de cercle qui surplombe sa périphérie. Cette structure supporte des jardinières suspendues permettant la création d’un rideau de verdure. Le socle de la fontaine est dégagé et remis à niveau pour la mettre en valeur. Ce socle sert également de banc. Le calpinage du sol rayonne de la fontaine et contraste avec les ondulations d’un muret-banc courbe autour des platanes existants. Ce muret-banc accompagné d’une assise bois et d’une surface engazonnée en surplomb incite les usagers à la halte avant de prendre leur bus ou simplement pour fl âner au pied de la fontaine. La volonté de l’aménagement est de redonner de la convivialité à la place dénuée de toute d’attraction.

BOULEVARD D’EDGAR QUINET

Une meilleure hiérarchisation des voies permet de générer de l’espace bénéfi que à l’implantation des modes de déplacement doux, de les sécuriser. Elle assure une forte revalorisation paysagère des voies, notamment en entrée de ville. Le principe du traitement paysager de cette entrée de ville repose sur des principes simples consistant à gérer l’approche du centre et de le rendre visible en créant un sas paysager et en renforçant l’idée de seuil. L’aménagement propose la plantation d’arbres fastigiés (ex.Quercus robur ‘fastigiata’) de manière irrégulière sur le terre plein central du boulevard et sur le trottoir nouvellement créé. Plus l’on se dirige vers le centre ville plus les espacements entre les arbres se resserrent afi n de faire ralentir progressivement les véhicules. Etat actuel, Etat futur

LA BARRE DE LOGEMENT “MURAILLE DE CHINE”

Une architecture plus perméable au site est proposée. Elle se compose de volumes souples qui se chevauchent et rappellent les lignes d’horizon. Les matériaux locaux sont utilisés notamment les roches volcaniques ce qui donne l’impression que les volumes, les « tranches » sont sorties de terre. Cette impression est renforcée avec l’installation de murs végétalisés sur les façades permettant de contribuer au caractère verdoyant que le parti veut affi rmer. Ces façades « vivantes » intègrent l’architecture dans le projet de reboisement du parc paysager à proximité. Cette recomposition permet d’obtenir un ensemble cohérent avec le contexte topographique du site. Afi n de répondre à une qualité environnementale le projet intègre l’utilisation de ressources d’énergies alternatives (géothermie, panneaux photovoltaïques), récupération des eaux de pluies pour l’irrigation des murs végétalisés. La composition du projet se base sur des principes de conception bioclimatique :
- orientation des façades par rapport aux points cardinaux, les façades au nord sont plutôt hermétiques avec des ouvertures réduites (limiter les pertes d’énergie).
- des ouvertures privilégiées au sud à l’est et à l’ouest.
- une hauteur du bâti qui permet de s’intégrer à la topographie et de se protéger du vent du nord (voir schéma)
- l’implantation de murs végétalisés pour isoler les façades. Les schémas ci-dessous illustrent comment les nouveaux volumes plus petits peuvent s’intégrer à la silhouette de la topographie du site pour minimiser l’impact visuel. 1 - Panneaux photovoltaïques transparents intégrés aux toitures et sur les façades sud du bâti. 2 - Intégration de l’architecture au parc paysager grâce aux murs végétalisés. 3 - Peu d’ouvertures au nord, tropézienne et balcon à l’ouest, à l’est et au sud 4 - Une architecture à la géométrie souple pour une intégration au contexte topographique du site.

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